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La biodiversité a besoin de réseaux verts et bleus pour prospérer (les îlots de verdure fonctionnent moins bien). Or le Bois de Chênes constitue un maillon essentiel entre Léman et Jura. De plus, c’est une forêt de basse altitude rare dans notre région très urbanisée. Si l’importance de préserver ce site d’exception n’est plus contestée, cela n’a pas toujours été le cas et la vigilance reste de mise.
Côté Nature
Géologie, paysages
Situé entre 490 et 580 m d’altitude, le Bois de Chênes est constitué d’un paysage hérité de la dernière glaciation : Il y a quelque 10’000 ans, le glacier du Rhône se retirait de la région après y avoir déposé d’importantes moraines. Avec le concours d’anciens fleuves de glace et cours d’eau, cette moraine a été modelée en une succession de collines arrondies et de cuvettes, qui réservent au promeneur des perspectives sans cesse renouvelées et faisant oublier la proximité des zones urbanisées alentours. Cette impression est renforcée par l’alternance de boisés et de prairies entre lesquels se déroulent des kilomètres de lisières.
Flore, végétation
La topographie particulière fait alterner les lieux secs et bien drainés des sommets de collines avec divers étangs et lieux humides dans les cuvettes.
La forêt comprend huit types allant de la chênaie sèche à l’aunaie noire souvent inondée.
Les prairies sèches sont constituées d’espèces comme les hélianthèmes, les œillets des Chartreux et des rochers, les scabieuses colombaires, plusieurs espèces d’orchidées, etc… On trouve d’autres orchidées, des salicaires, des angéliques, des pimprenelles officinales, etc.. dans des prairies humides et des roseaux, laiches élevées, grandes douves, etc.. peuplent des étangs souvent temporaires.
Faune
La diversité de la végétation entraîne celle des insectes, araignées, escargots et autres invertébrés parmi lesquels on compte plusieurs espèces rares.
L’observateur de la vie des prairies pourra ainsi y découvrir de nombreux papillons comme macaon, zygène, azuré, etc…ou l’araignée tigre dont les rayures jaunes de la grosse femelle impressionnent…
Le visiteur nocturne pourra entendre vers fin février déjà le chant particulier émis sous l’eau des grenouilles agiles au Lac Vert ou le doux sifflement des crapauds accoucheurs qui chantent les soirs d’été chauds au sud et sud-est du Bois de Chênes…pour citer deux espèces assez rares de batraciens vivant dans la réserve.
Parmi les reptiles, on mentionnera le lézard agile encore bien présent au Bois de Chênes alors qu’il est devenu rare dans la région où il ne vit qu’en basse altitude.
Le Bois de Chênes est un îlot bienvenu pour de nombreuses espèces d’oiseaux qui y trouvent de quoi s’alimenter et même y nicher comme par exemple quatre espèces de pouillots, ces petits spécialistes de l’auscultation du feuillage où ils capturent chenilles et araignées ou la chouette hulotte, une des nombreuses espèces utilisant les arbres creux pour y élever ses jeunes.
La faune des mammifères est riche au Bois de Chênes : Les chevreuils sont probablement les plus faciles à observer, mais les promeneurs ayant eu le cœur palpitant en rencontrant des sangliers sont toujours plus nombreux ces dernières années. D’autres espèces sont beaucoup plus discrètes comme, par exemple, le chat sauvage et le putois. Les petits mammifères (musaraignes et divers rongeurs) sont en général difficiles à voir dans la nature. Parmi eux deux espèces de musaraignes aquatiques ont été capturées lors d’études et ces étonnants plongeurs en apnée illustrent bien combien d’humains peuvent passer à quelques décimètres de leur cachette et rester à mille lieues d’imaginer que de telles créatures existent ici… !
Pour en savoir davantage, il est possible d’acquérir le Livre sur le Bois de Chênes, qui présente de manière accessible la connaissance de plus de 50 expert-e-s (bulletin de commande en lien).
Côté Protection
Rappelons que, pendant des siècles, les Humains étaient peu nombreux et vivaient avec ce que la Nature produisait ; ils prélevaient ce qui était nécessaire à leur survie.
Début des années 1960
L’armée est sur le point d’acheter le domaine du Bois de Chênes pour en faire une place d’entraînement pour chars blindés avec le plein accord des autorités de Genolier.
Protecteurs de la nature et cavaliers de la région réagissent et conduisent l’Etat de Vaud à signer en 1961 et pour 50 ans une convention avec la Commune de Genolier. Cette convention permet à l’Etat de Vaud d’exercer les droits du propriétaire jusque en 2011 et de gérer le domaine dans un but de conservation de la nature. Pour cela l’Etat de Vaud paie à la Commune de Genolier une redevance indexée au coût de la vie: 20’000.- Fr en 1961 et 71’290.- Fr en 2006!
23 décembre 1966
Publication d’un Arrêté de classement du Conseil d’Etat concernant la protection du Bois de Chênes.
Ce document est marqué par l’ancienne menace des exercices militaires, mais est totalement insuffisant face aux menaces liées à l’urbanisation de la région depuis les années 1970. L’Etat a toujours refusé la révision de ce document officiel.
Inscription à divers Inventaires officiels
Le Bois de Chênes est inscrit à l’inventaire des monuments naturels et des sites du Canton de Vaud depuis 1972 et à l’inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale depuis 1977.
Des inventaires plus récents comme celui des bas-marais d’importance nationale ou celui des sites de reproduction des batraciens d’importance nationale mentionnent des portions du Bois de Chênes.
NB : Un inventaire reconnaît l’intérêt d’un site, mais ne constitue pas un document qui en assure la protection ! …
Novembre 2007 – Création de l’Association pour le Bois de Chênes de Genolier (ABCG)
Dans un contexte de pressions croissantes sur le Bois de Chênes : exploitation du bois, de l’eau, du gravier ; construction de routes et de lotissements ; création de centres d’activités sportives ou déchetterie… les résidents de la ferme (qui n’était alors plus qu’une ruine selon l’Etat), Martine et Florian Meier mobilisent un groupe de naturalistes et de responsables politiques sensibles à la protection de l’environnement.
Les buts statutaires de l’ABCG sont alors centrés sur la préservation de ce site par tous les moyens – légaux – possibles :
- Lobbying politique : activisme face aux menaces et participation aux initiatives des Autorités pour la préservation du site.
- Mise en valeur de tout ce qui a été fait pendant plus de 50 ans pour protéger le site
- Pédagogie, en organisant des balades et conférences de vulgarisation
- Valorisation des recherches scientifiques réalisées sur le site
- Encouragement à visiter le site de manière respectueuse
- Participation à l’entretien du site.
Le succès public de l’ABCG est immédiat : plus de 1000 personnes ou institutions adhèrent alors. Et en 2026, la plupart sont restés fidèles, ce qui permet à l’ABCG de mobiliser près de 800 personnes au besoin.
Son impact sur la sensibilité des Autorités pour la valeur du site est également tangible.
Septembre 2014 – Création de la Fondation du Bois de Chênes
Après plusieurs années de consultations et d’initiatives conjointes entre la Commune de Genolier, le canton de Vaud et l’ABCG, la Fondation du Bois de Chênes a été constituée le 30 septembre 2014, devant notaire, par la Commune de Genolier.
Le Conseil de fondation prévoit expressément à son art. 7 des statuts un représentant de l’Association pour le Bois Chênes de Genolier.
Nous sommes heureux et fiers de voir que nos démarches communes ont abouti à cette étape essentielle dans la protection du Bois de Chênes, si cher à notre cœur.
Les objectifs de la nouvelle fondation sont très proches du scénario d’évolution préconisé par notre association : ni Disneyland, ni Ballenberg, mais plutôt la demeure de la Belle au Bois Dormant, la réserve et ses alentours devraient continuer d’être ce havre de paix et ce poumon de verdure auxquels nous sommes tous et toutes, si attachés.
Le Communiqué de presse de l’Etat de 2014 témoigne de l’engagement du Canton :
Le site internet de la Fondation présente le point de vue officiel du la Réserve :
28 juin 2021 – Décision de classement du Bois de Chênes
Le Canton et les Communes de Genolier et Conisins signent un accord qui remplace l’Arrêté de 1966. L’ABCG a été consultée mais guère entendue, notamment s’agissant des cheminements piétonniers à conserver.
Cette Décision comprend :
- Un Règlement sur la protection des différents secteurs définis, dont en particulier la Réserve intégrale et scientifique (RIS) (cf. pdf)
- Un Plan d’ensemble (cf. pdf)
- Un Plan des mobilités (cf. pdf)
Surfaces et statuts
Sur environ 140 hectares que comprend le Bois de Chênes, 38 hectares constituent la Réserve intégrale et scientifique où les règles de conduite à respecter sont les plus strictes. (Aucune cueillette ni collecte, visite uniquement à pied, sans chien et en restant sur les sentiers). La forêt y est soustraite à toute intervention humaine directe à part le dégagement des sentiers et évoluera vers une forêt primaire ou « vierge » dans 2 ou 3 siècles si les générations à venir en respectent la protection. Cette expérience très peu commune en basse altitude en Europe occidentale est scientifiquement suivie : On y trouve notamment 11 parcelles où les arbres ont été marqués individuellement par la chaire de sylviculture de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Zurich. Aujourd’hui déjà vous pouvez admirer de véritables monuments naturels constitués par des arbres morts sur pied ou arrachés. Mais attention au bois qui peut tomber, surtout par temps venteux ! On y pénètre à ses risques et périls !



